Tel un ronin sans dojo fixe, m’étant provisoirement éloigné de l’ADAKI, j’ai effectué mon Musha shugyō rituel de dojo en dojo de kendo, en commençant par Hong Kong pour finir au Japon, dans l’île de Kyushu.

Le 7 Avril 2013, J’ai  pris l’avion avec mon armure (enfin, je me comprends : l’armure était dans la soute !) pour débarquer à Hong Kong le lendemain afin de rendre visite à mon fiston, canaille de premier ordre. J’avais contacté par mail la HKKA (Hong Kong Kendo Association) et Agnès Lee m’avait gentiment répondu en me souhaitant la bienvenue et en me donnant les lieux et horaires d’entraînement de la semaine. La HKKA est une association qui regroupe les différents dojos de la ville, permettant ainsi une interaction entre chacun d’eux. Idée généreuse à importer en France sans doute, même si à Blois nous n’avons en fait pas trop de problèmes pour regrouper les différents dojos de kendo de la ville !

 

Bons baisers de Hong Kong

Pour mon premier entraînement, le 9 avril, je n'avais pas bien lu le programme: "squad training"... Bref, c'est un peu comme si soudain je m'étais retrouvé en plein entraînement de l'équipe de France, sauf que là c'était l'équipe de Hong Kong!! Le programme fut simple, par groupe de 3: enchaîner Men, Kote men, kote do, men do, men. Puis Men tai atari, men tai atari hiki men, men tai atari hiki kote, men tai atari hiki do, men!!! Puis la même chose avec arai men, puis arai kote men, etc... Comme on fait ça par groupes de 3, il y a un court moment où on peut souffler, et là, croyez-moi, c'est que du bonheur! Tout ça sous la houlette de Kishikawa sensei dont le kendo est, comment dire... impressionnant!

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La 2ème heure fut consacrée à Gi Geiko, et ce fut un vrai plaisir d'en apprendre beaucoup de Lai sensei et Kishikawa sensei. Ce dernier est un vrai maître de kendo, 7ème dan, sachant s'adapter à son partenaire, il m'a même laissé croire que je lui avais mis un men ippon! Malheureusement, je dus m'arrêter lors de mon 3ème geiko pour cause de kote défoncé lors des kihon par l'un de mes partenaires très... énergique.  Mais le mitori geiko fut passionnant.

Le lendemain, je suis allé à l'entraînement dans un autre dojo où je retrouvais un de mes partenaires de la veille, Joseph Chan, et son père Chan Yin Wo, sensei du dojo. Là, changement de rythme: c'était un cours pour débutants! Mais cela ne m'a pas empêché de transpirer en faisant les exercices avec mon partenaire Wo: longueurs de dojo en Men avec fumikomi, en variant toutes les possibilités au niveau déplacements ou enchaînements. Les explications de Joseph Chan étaient très claires et me confirment que, quel que soit le pays, les problèmes et l'enseignement sont les mêmes.

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Puis ce fut mawari geiko dans la superbe salle, réalisé avec un grand plaisir (mon kote ravagé la veille étant protégé par une pommade magique et un bandage!) avec entre autres les Chan père et fils, tous deux excellents kendokas. Et croyez-moi, faire un geiko à Hong Kong en face de quelqu’un qui a un zeken marqué « J.CHAN », c’est impressionnant !

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La soirée s’est terminée dans un restaurant Hongkongais où les Chan m’ont invité pour déguster des  "ramen" de Hong Kong: délicieux et très réconfortant à minuit, après le kendo!

Merci aux Hongkongais pour leur accueil chaleureux, prouvant encore une fois que le kendo est une porte ouverte vers de nouvelles amitiés et cultures, conformément à ce qui est plus ou moins dit dans la profession de foi de la ZNKR!

 

 

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Chez Miyamoto Musashi

Le vendredi 12  avril, j’étais arrivé au Japon et, pour être plus précis, à Kumamoto, sur l’île de Kyushu. Cette ville a une importance capitale pour ceux qui s’intéressent à Miyamoto Musashi, puisque c’est là que le célèbre samurai-philosophe a terminé sa vie, juste après avoir écrit le Go Rin No Sho, « Traité des 5 roues » en français. Et c’est pour cette raison précise que j’étais là !

Grâce à Yoko, j’avais rendez-vous le samedi matin au dojo d’Araki sensei, maître de kendo, iaido et jodo (15 dan au total comme il aime préciser en riant), enseignant du Noda Ha Niten Ichi Ryu, une branche de l’école de sabre créée par Miyamoto Musashi à la fin de sa vie. Il nous a très gentiment accueilli, et m'a parlé de son école avant de me montrer et m'apprendre les 5 premiers kata du Noda Ha Niten Ichi Ryu!

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Puis, après une pause me permettant d’observer l’entraînement d’enfants se préparant pour une compétition de kendo,  j'ai fait geiko avec Araki sensei : ce fut chaud de chez chaud!! Mais, vrai Japonais, il m'a félicité pour mon kendo et m'a dit que je devais remercier mes sensei: alors merci aux sensei qui m’ont transmis leur savoir!

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Ensuite, j'ai fait geiko avec toute une ribambelle de gamins de 8-12 ans, et bien permettez moi de vous dire que ça déménage!! Ils sont impressionnants de vivacité et de ténacité. A la fin de l’entraînement, pour le salut final, Araki sensei m’a demandé de me mettre à son côté et a expliqué à ses jeunes élèves que le kendo se pratiquait aussi en France et ailleurs, et qu’ils devaient donc s’entraîner durement !

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Merci à Araki sensei pour son accueil et son enseignement généreux. Moi qui suis passionné par les kata de kendo, recevoir l’enseignement du Noda Ha Niten Ichi Ryu de la part d’un des successeurs de Miyamoto Musashi fait partie des grands moments de ma vie !

  

 

 

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L’esprit de Miyamoto Musashi :

 

Le lendemain, dimanche 14 avril, alors que nous finissions la visite du site d’une des tombes de Musashi (parce qu'il en a 2! c'est toute une histoire que je vous raconterai si vous êtes sages), j'ai aperçu un kendoka passer sur le parking au moment où on partait. Facile à reconnaître : hakama sous le blouson, gros sac carré en bandoulière, et étui ne pouvant contenir que canne à pêche ou shinai… Par déduction, ce devait être un shinai ! Salutations, présentations, explication… Il allait s'entraîner à 2 pas de là, et hop, sur sa proposition, j'ai pris mon armure dans le coffre de la voiture et je l'ai suivi!

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Voilà comment je me suis retrouvé au club "Musashi Kenshin", dans un superbe dojo en présence d’une quantité impressionnante de 8ème dan et 7ème dan... Entraînement intensif (kihon par 3, décidément ils aiment ça au Japon, il faut dire qu'ils sont serrés dans le dojo!), puis gi geiko. J'avoue avoir rarement pris autant de plaisir et de leçon en kendo en si peu de temps! Evidemment, il n’y a pas de séance d’explication verbale, tout se passe par l’observation, la compréhension de l’attitude et du geste. Et devant de tels modèles… total respect ! 

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A la fin des geiko, par je ne sais quelle maléfice, je me suis retrouvé tout seul au milieu du dojo contre Kasa sensei (8ème dan,  maître du dojo) qui m’a donné une sérieuse leçon sous les encouragements de tous les kenshi ! Quand j’ai mis un beau Men au sensei (sur une ouverture à peine visible… !), ce fut un tonnerre d’applaudissements !

Là aussi, j'ai eu plein de conseils et de félicitations (japonaises), et je pense que c'est un de mes meilleurs entraînements au Japon. Kitamura Kooji sensei (venu en France en 1995 en qualité d’expert ZNKR) m’a notamment rappelé l’adage « plus grand, plus souple, plus fort » en m’indiquant comment armer en grand le sabre, comme si on bandait un arc dans un ample mouvement circulaire des bras… Comme ça devient limpide avec le geste du maître!

 

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Je n’oublierai pas non plus le clin d’œil de Miyamoto Musashi lui-même… Alors qu’il  faisait un temps superbe depuis ces deux jours pendant lesquels je pus  visiter la grotte de Reigando (où il médita et écrivit le Go Rin No Sho), sa véritable tombe et sa tombe officielle, un violent orage a éclaté pendant le gi geiko, éclairant le dojo de la lumière des éclairs…Mon maître zen m’a dit « ce n’est pas un hasard »… !

Et merci à l'homme rencontré sur le parking qui m'a conduit jusqu’au dojo puis chaperonné pendant tout l'entraînement, m’indiquant où me placer, me présentant aux sensei et me guidant à tout moment dans le dojo : grand merci à Kunizono san. 

 

Au Pays de Minori !

Après 2 jours de treck dans l'île de Yakushima pour aller voir un arbre (le cèdre Jomon, vieux de 2200 à 7000 ans selon les estimations, ce qui n'est pas très précis mais fait quand même un âge respectable), j'étais particulièrement fatigué en arrivant à Ibusuki... J'avais laissé mon armure de kendo à Kagoshima, ville où je pensais repasser avant Ibusuki, mais ce ne fut pas possible...

Ibisuki, ville natale de Minori Daniel et donc, à ce titre, ville historique pour le kendo français !

Comme on avait pris rendez-vous avec Nakamura sensei pour ce mercredi soir, je ne pouvais pas me permettre de ne pas aller au dojo sous prétexte que je n’avais pas mon armure. De toute façon, y aller serait une très bonne occasion de faire mitori geiko (entraînement par le regard), ce qui, vu mon état de fatigue ne me déplaisait pas forcément !

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Arrivé au dojo, salle de sport d’un collège d’Ibusuki, nous fûmes accueillis par Nakamura sensei, qui était en tenue de iaido. En fait, les 2 entraînements, iaido et kendo, ont lieu en même temps, dans la salle d'arts martiaux du collège, et Nakamura sensei (7ème dan) supervise les 2 entraînements à la fois.

Je m'excusai auprès du sensei de ne pas avoir ma tenue et mon armure de kendo, mais je lui dis que je serais content de regarder l'entraînement. Au bout de 30 minutes pendant lesquelles je regardai les jeunes kendokas s'entraîner, Nakamura sensei proposa de m'équiper avec son hakama, keikogi et bogu.... Bien que particulièrement gêné, il y a des choses dans la vie qui ne se refusent pas!!! Et en plus, la tenue était parfaitement à ma taille. Magnifique Do en lames de bambou, Kote confortables et parfaitement articulés, Men qui épouse le visage… Revêtir ce bogu relève du rêve éveillé !

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Sans échauffement, il me demanda de faire devant lui kiri kaeshi, puis les kihon (men, kote, do, etc), avant de faire un gi geiko contre un jeune 2ème dan. Je crois m'en être pas mal sorti, mais mon adversaire suivant fût plus coriace: Yoshimatsu sensei, 7ème dan! Quel bonheur de faire geiko avec de telles pointures, Yoshimatsu m'a fait travailler mon kendo comme s'il me connaissait depuis longtemps, sachant me faire accélerer ou me calmer quand il le fallait. Puis au signal de Nakamura sensei, il mit soudain le turbo et je me pris des ippon en veux-tu en-voilà, jusqu'à un nouveau signal à partir duquel je pus reprendre mon souffle et attaquer à nouveau, jusqu'à un beau men ippon final, sous les applaudissements des membres du dojo qui nous regardaient!

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A la fin de l'entraînement, Nakamura sensei me demanda de me mettre en seiza du côté des sensei (trois 7ème dan et un 6ème dan) pour le mokuso. Quel honneur! Tous les kenshi vont ensuite, tous ensemble, saluer chaque sensei, et quand ils vinrent devant moi, je dus faire un petit discours traduit par Yoko! Et quand on est sorti du dojo, on avait presque une haie d'honneur... vraiment incroyable! C’est à moi de les remercier de leur accueil, de leur enseignement et de leur gentillesse, et c’est eux qui me font honneur… Je pense qu'ils sont surpris, et sans doute heureux, de voir un kenshi d'un autre pays que le Japon partagé leur passion de l’art martial du sabre.

De cette expérience, je retiendrai le vraiment excellent niveau de kendo des plus jeunes comme des plus anciens, mais surtout le total respect du partenaire et du reigi (l'étiquette), de façon bien sûr assez naturelle pour les Japonais (mais pas si sûr que ça), qui permet de ne pas perdre une seule minute d'entraînement. Je pense qu'il est fondamental que, dans notre dojo, nous nous approchions de cet esprit qui fait totalement partie du kendo.

Je retiendrai aussi le conseil que m'a donné Nakamura sensei quand je lui ai demandé ce que je devais faire pour progresser... Etre bien de face, pieds parallèles, genoux non tendus mais pas trop fléchis… L’attitude, voilà le maître-mot que, de dojo en dojo, les sensei répètent….

Nakamura sensei m'a félicité pour mon kendo (ah ces Japonais!), et il m'a souhaité bon courage pour le 4ème dan, 5ème, 6ème, 7ème et 8ème!

Je n’ai pas vu Nakamura sensei combattre, mais je sais de façon certaine que c’est un grand maître de la voie du sabre. Totale admiration.

 J’imagine Minori, jeune écolière, passant devant le dojo du collège d’Ibusuki avec son cartable à dos…. Et je la vois aujourd’hui dans son dojo de Carmeaux, transmettant sa passion du kendo à ses élèves… La voie du sabre emprunte des chemins parfois inattendus, mais toujours elle tend vers un même objectif !

 

 

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De ce Musha shugyō dans divers dojos, je n’ai pas appris de technique « magique » nouvelle, et je ne suis sans doute pas meilleur dans ma technique de kendo… Mais l’expérience humaine est grandiose, j’ai vu des personnes à l’attitude physique et mentale rayonnante, et j’ai sans doute un peu mieux compris pourquoi je persiste dans la voix du sabre…

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Olivier