voici le 2ème chapitre de la saga de l'été, "kendo no kata":

 

Les kata sont extraits d’expériences victorieuses de combats

 

Pour les maîtres japonais de kendo, l’importance des kata est évidente, car ils ont en mémoire, culturellement, la connaissance de l’histoire ancestrale du kendo.

 

oldkendo1Comme le précise Jean-Pierre Raick (Nihon Kendo Kata) (5) « les authentiques kata classiques de sabre apparaissent comme des séquences ayant été extraites d’expériences victorieuses de combat ». Il parle ici des kata que chaque école de sabre (et il y en avait des centaines !) développait lors de la période Edo (1603-1868), la paix des Tokugawa empêchant plus ou moins les vrais combats et duels.

Chaque ryu (école) développait et perfectionnait des séries de kata propres à leur école. Les samuraï répétaient inlassablement les gestes ainsi codifiés, conscients d’intégrer de cette façon des techniques issues de combat réels,  techniques pouvant un jour être mises en œuvre avec un vrai sabre avec pour enjeu la vie ou la mort. C’est effectivement ce qui pouvait alors arrivé, lors de duels au vrai sabre, ou lors de rencontres organisées entre dojo, où les combats au bokuto (sabre de bois) se terminaient souvent par de graves blessures ou la mort…

Le shinaï, sabre de bambou, n’est apparu que tardivement au 16ème siècle et est resté un outil accessoire à la pratique du sabre japonais jusqu’à la deuxième moitié du 19ème siècle. La pratique avec un shinaï était alors réservée aux combattants ayant déjà une solide expérience de l’utilisation du bokuto (sabre en bois) des kata ! A cette époque, la taille, le poids et la forme des shinaï n’avait pas de norme et chaque école pouvait avoir son propre style de shinaï. L’intérêt que voyaient alors les sabreurs dans le shinaï était l’intérêt qu’on lui trouve encore aujourd’hui : pouvoir porter les coups sur son partenaire d’entraînement sans le tuer ! Mais son usage restait strictement complémentaire à celle du bokuto.

 

Toutefois, à la fin du 19ème siècle, le shinaï geiko se développa de façon très importante, car sa pratique était beaucoup plus dynamique et ouverte à tout public : la pratique du sabre n’était soudain plus réservée à des initiés, guerriers affiliés à un clan et consacrant leur vie aux arts martiaux, et de nombreuses « écoles » de shinaï geiko à but lucratif virent le jour.

Les écoles traditionnelles continuèrent malgré tout à perpétuer l’art du sabre, même quand celui-ci ne fut plus « à la mode », lors de la période Meiji (1867-1912) qui vit le Japon s’ouvrir à la culture occidentale. La pratique du katana (sabre japonais) devint même plus ou moins secrète quand le gouvernement japonais dissout la caste des samuraï et interdit le port du sabre (1876).

La pratique du sabre « classique » aurait alors pu disparaître, mais heureusement les tenants d’un kenjutsu ou kendo traditionnel maintinrent la flamme en continuant inlassablement à répéter les kata transmis par leurs ancêtres. 

 

 

Association pour le maintien des vertus martiales

 

Les autorité japonaises, tout en décidant de s’ouvrir au monde occidental, restèrent consciente que les arts martiaux étaient un véritable trésor qu’il fallait maintenir vivant et créèrent en 1895, le Dai Nippon Buttokukai (association pour le maintien des vertus martiales).

Cette association eut très vite un lieu devenu très vite mythique : le butokuden, situé à Kyoto. Consacré à tous les arts martiaux japonais, cet endroit réserve une place toute particulière au kendo.

 

butokuden

le butokuden (Kyoto, photo Tristan de Lataillade, 2010)

 

C’est ici que furent élaborés, en 1912, après 6 ans de réflexion, les 10 kata de kendo, sous le nom de Dai Nippon Teikoko Kendo Kata (littéralement : kata de kendo du grand Japon impérial), par une commission composée de 23 experts sous la direction de 5 maîtres issus des écoles Itto Ryu, Munen Ryu, Shindo Munen Ryu, Jikishin Kage Ryu et Ha Itto Ryu.

Ces kata étaient un premier jet qui donna lieu à de nombreux problèmes d’interprétations (guégerre entre écoles !) et ce fut en 1933 qu’une nouvelle commission de 12 experts figea les commentaires expliquant le kendo no kata.

 

Sur ces entre-faits, la seconde guerre mondiale arriva et le kendo qui servit de support au nationalisme guerrier du gouvernement japonais fut interdit par le vainqueur et occupant américain à partir de 1945.

 

Mais dès 1952, les américains s’apercevant que ce n’étaient pas les arts martiaux traditionnels du Japon en eux-mêmes qui étaient porteurs de germes guerriers,  le Butokuden put réouvrir ses portes et la ZNKR (Zen Nihon Kendo Renmei (2) ) fut créée.

A cette époque, et pour faire oublier la déviance militariste et expansionniste qu’accompagna bien involontairement le kendo, le côté sportif de cet art martial fut privilégié, afin, à partir de rivalités amicales entre les peuples, de « contribuer à la paix mondiale et à la prospérité fondées sur le Budo Seishin (l’esprit du Budo) »

 

Il fallut attendre les années 60 pour que les tenants d’un kendo n’oubliant pas le côté « voie » se fassent à nouveau entendre, avec par exemple Nakano Yasoji sensei (9ème dan) qui affirme que « sur le plan de la pureté technique, le koryu (NDLR : école traditionnelle) se place au dessus du kendo au shinaï. En résumé, les kata peuvent servir à maintenir et améliorer la pureté technique du kendo au shinaï ».   Loin d’opposer la pratique au shinaï à la pratique des kata, cette phrase vient préciser que si la pratique au shinaï est principalement orientée vers la victoire et l’efficacité à court terme, celle des kata recherche concision et perfection du geste. En clair : la pratique du kendo no kata permet d’enrichir la pratique du kendo avec shinaï, et surtout lui permet de conserver le « lien » indispensable avec la notion de sabre.

 

Les kata créés en 1912 et revus en 1933 ont été faits dans un esprit de synthèse des multiples styles existants à l’époque, mais aussi et surtout dans le but d’être transposables dans un shiaï geiko (combat au shinaï). Ce sont ces mêmes kata qui sont enseignés aujourd’hui en kendo.

 

[...... à suivre: "le kendo no kata, un combat" ..........]