Voici un texte de Minori Daniel, sur le forum du CNK, encore une grande leçon de Minori....
12ème cours de kendo en japonais... Minori n'y parle pas de kendo, pourtant l'esprit de notre art martial est là... le Budo Seishin... Esprit du budo...
Oui, l'esprit du budo, celui qui doit transpirer dans nos dojo n'est pas que technique.
L'ami de Minori n'a peut-être pas de "dan" en kendo, iaïdo ou autre martial, pourtant c'est un maître de vie...
respect
Olivier
 
 
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De Minori:
 
Bonjour

Beaucoup d'entre vous m'ont demandé des nouvelles de nos Sensei Japonais après le tremblement de terre du 11 mars.
UEGAKI sensei m'a répondu en premier, ensuite WAKIMOTO sensei m'a rassurée . Ils m'ont donné également des nouvelles de leurs amis.
UEGAKI sensei a retrouvé SATO KEI sensei que je cherchais à joindre. Je savais que SATO sensei était à SENDAI. UEHARA KICHIO Sensei avec qui j'ai participé à l'UEK l'été dernier est sain et sauf. Son université est devenue un des centres de refuge tout de suite après l'évènement , l'entraînement a été suspendu pour aller aider les réfugiés. 

«  Je reçois de tristes nouvelles à chaque jour, nous comptons les morts, il manque de tout mais nous devons garder notre BUDO SEISHIN surtout en ce moment difficile.  »
Disais-t-il deux jours après le tremblement de terre.

Je me demandais alors ce que pouvait-être ce BUDO SEISHIN. Qu'est ce que le BUDO SEISHIN 武道精神 ぶどうせいしん- ESPRIT de BUDO – a à voir dans ces catastrophes successives.


Depuis le 16 mars, je reçois tous les jours des nouvelles d'un ami qui vit à 20 km de la centrale nucléaire FUKUSHIMA DAIICHI. J'ai pu enfin établir le contact avec lui 5 jours après l'évènement. Il m'a raconté qu'il a de l'électricité mais pas d'eau; beaucoup de voisins sont partis dès la première alerte après l'accident de la centrale nucléaire. La maison de mon ami est debout, il n'a pas eu de dégâts ni à cause du tremblement de terre, ni à cause du Tsunami. Il se considère Miraculé. Il fait partie de 100 personnes qui restent toujours dans cette ville, sur 345 124 habitants qui étaient encore présents le 10 mars.

Il n'est pas parti parce qu'il vit avec ses deux parents très âgés, sa mère a eu une fracture à une jambe avant le tremblement de terre , depuis quelques semaines elle ne peut pas marcher. Il n'y a plus d'essence pour transporter sa mère, mais comme c'est une zone à risque, il n'y a plus de transports en commun, pas de camion de ravitaillement en vue, la poste est fermée, la ville ne fonctionne plus. 

«  La ville est vide  , on n'a plus grand chose à manger, mon père qui perd un peu la tête, réclame comme un bébé sa nourriture préférée et une bouteille d'eau propre... » disait-il dans un des mails ; j'ai le cœur noué.

Le 23 mars, il m'a dit avec joie qu'un de ses amis restaurateurs déjà réfugié en dehors du département, lui a téléphoné pour lui permettre de pénétrer chez lui, et fouiller dans son restaurant, manger tout ce qu'ils peuvent et prendre des bouteilles d'eau. Mon ami est allée avec les voisins et ils ont partagé . 

Il me dit dans son mail : 
«  Nous remercions tous les jours les gens qui risquent pour nous leur vie près du réacteur , je pense que nous sortirons très bientôt de cette situation pénible , je suis positif, car je vois notre BUDO SEISHIN 武道精神 ぶどうせいしん dans l'atmosphère.

Avec nos voisins, on se soutient solidement, on s'entraide. La ville est toujours vide et silencieuse, les distributeurs fonctionnent encore sans dégradation, les terrasses du centre commercial où il y a des marchandises abandonnées , tombées de l'étalage, n'ont pas du tout bougé depuis le 11 mars, il n'y a personne dans le centre ville mais pas de casse, ni de vols pour l'instant. Les magasins sont fermés; nous ne pouvons pas acheter quoi que ce soit. Mais nous avons esprit positif et serein, nous avons décidé de rester et d'attendre, continuer à vivre. Les secours arriveront un jour. 

Dans ces circonstances inattendues, je me suis rendu compte de quelque chose, que je confirme, Minori-san.
Je pensais toujours à cette chose mais je n'étais pas sûr de garder mon sang froid dans les pires conditions . En ce moment il est très très difficile de vivre, mais je vous confirme que, Minori-san , les hommes doivent toujours mettre en balance SEIGI 正義せいぎ la justice et INOCHI命いのちla vie. On ne vole pas tant qu'il ne s'agit pas encore de question de vie ou de mort. Il faut conserver la justice jusqu'au bout. 

Si cette situation continue encore longtemps, bien sûr que je ne pourrai pas laisser mourir ma famille bras croisés, ce sera injustice pour eux, je volerai sans doute de la nourriture. Mais je vois qu'ici, parmi nos voisins personne ne vole , on partage, on vit ensemble en communauté, nous résistons encore et encore. Je suis convaincu que notre peuple sait résister. Je crois que ça a toujours été ainsi depuis le temps des guerriers. Le Samurai donnait sa vie pour la justice. Nous nous battons jusqu'à nos limites, sans céder face à l'adversité. Nous ne devons pas l'oublier. Nous devons garder ce BUDO SEISHIN – l'esprit du Budo.  »

Il a continué à écrire aux médias, aux journaux, aux amis... La poste a réouvert son bureau, il y a des gens qui sont revenus, il a reçu de la nourriture. Mais depuis deux jours il ne me donne plus de ses nouvelles, j'espère qu'il est parti de Fukushima.

Fukushima va mal, le monde va mal. Il y a des vols et de la guerre. Nous mettons la justice et la vie des innocents en balance. 

GASSHÔ 合掌がっしょうles mains jointes et prières pour BUDO SEISHIN.

Minori