Ci-dessous, un article dont je conseille vivement la lecture.

Vraiment, prenez une minute, il est "tranchant" de vérité.

Cela peut éventuellement sensibiliser les débutants (... et pas seulement ....).

Antonio

Article publié avec l'aimable autorisation du Tekkaba Kendo Dojo


L’art de s’habiller en samouraï


La fermeture de notre dojo [NDLR: bonne nouvelle, le Tekkaba Kendo Dojo ne ferme finalement pas!] m’amène ces derniers jours à quelques réflexions au sujet de la perception de notre chère discipline – le Kendo. Ayant fréquenté, au cours de mon apprentissage, divers dojos, stages, compétitions, en France et ailleurs, j’ai pu y rencontrer nombre de pratiquants.

Pourquoi fait-on du Kendo ?

Doté d’une apparance “tape-à-l’oeil” – armure, sabres en bois évoquant le vrai katana (le bokken), le Kendo attire sans doute beaucoup de personnes par simple rêverie. Vivre une expérience à la Tom Cruise dans le dernier samouraï, ça vous dit ?
A-t-on un jour vu un film de samouraï, a-t-on lu des histoires anciennes, feuilleté des albums de photos ou s’est-on passionné pour le Japon et tout ce qui va avec ?

Diverses raisons, aucune n’en est critiquable, tel est le chemin de la curiosité.

Que le Kendo attire beaucoup de rêveurs, c’est un fait. Que la plupart n’arrivent pas à franchir un premier seuil d’apprentissage est un autre fait. Les histoires de gloire romanesque, sabres dégainés et autres se heurtent à la réalité de l’apprentissage, et surtout à sa durée. Car le secret de la technique ne réside pas en de mulitples façons de brandir son sabre, plus secretes l’une que l’autre, mais en de choses simples – la maîtrise de soi, juger le bon instant, réaliser une action fulgurante comme si de rien n’était.

Se maîtriser – voilà une chose dure à réaliser ! Paradoxalement, il est infiniment plus difficile de résister à l’envie de brandir son sabre que de l’agiter dans tous les sens. Combien d’entre nous se sont posés comme objectif de “tenir le coup” face à leur adversaire et se sont ensuite surpris de partir nerveusement en actions et gestes inutiles ? Tous, sans doute.

Combien de temps prend-t-il pour réalise un bon Men ? Lorsque Ota senseï démontrait la technique du Ayuchi Men, il dit “cela vous prendra 10, 20, 30 ans… entraînez-vous !”

Kendo, d’abord et avant tout, c’est une affaire d’entraînement. Dans un art martial ou la force physique et l’agilité ne sont que des variables relatives nous avons l’incroyable opportunité de pratiquer “aux armes égales” sans différence d’age. Avant toute discussion sur le Kendo, interrogez-vous – “combien de temps je m’entraîne ?” Il est évident qu’avec un entraînement par semaine (sauté de temps en temps) vous n’y arriverez jamais, ne serait-ce que d’apprendre les bases du Kendo. Que reste-il pour un réel apprentissage ?

Ceci ne gêne pas cépendant des débutants de s’empresser à mettre l’armure le plutôt possible, tel un sacre. Félicitations, vous êtes habillés en samouraï ! Et ensuite ?

En dehors des simples rêveurs, d’autres considèrent le Kendo comme un sport parmi d’autres. Rappelons que Zen Nihon Kendo Renmei (l’organisme suprême concernant le Kendo) refuse depuis toujours a admettre le Kendo dans le Jeux Olympiques, malgré les souhaits et relances à répétition. Pourquoi ? Ils estiment que cela porterait tort au Kendo en lui conférant des aspects qui lui sont étrangers – la performance sportive, la gagne à tout prix et tout le tapage qui va avec.

Des dojos à travers le monde s’engagent cependant sur des chemins pareils – ne pas prendre un point, marquer un point. On y voit alors des gens sautiller, se tortiller pour “toucher un point”. Aucun intérêt. Pour répondre à cet esprit, fut inventé le Chambara, cependant on n’y voit pas transfuger “les sportifs”.

Depuis mes débuts, les personnes qu’ont débutées de mon temps et qui sont toujours là se comptent à peine sur les doigts d’une main. Malheureusement.

J’ai entendu beaucoup de personnes à travers les années justifier tel ou tel choix en Kendo avec les autres – professeurs “incompétents”, adverssaires “incompétents”, ambiance qui ne convient pas, etc, etc… Souvent des raisons évoquées pour justifier leur propre abandon.

Kendo, à mon avis et sans aborder son essence ici, est d’abord une affaire personnelle. Kendo vous met face à vous-mêmes : vos peurs, vos capacités à vous maîtriser, à vous améliorer. Il est d’autant plus riche qu’il reflète la personnalité de chacun. C’est pour cela qu’on ressent un tel sentiment “d’échange” lorsqu’on pratique avec un partenaire.

Evidemment, lorsqu’un dojo ferme, c’est une occasion de moins pour nous améliorer nous-mêmes.

Mais on pourra toujours s’habiller en samouraï… A l’occasion.