bonjour,

C'est Xavier "poigne de fer" qui a tout compris en me disant: "Un kendoka qui placerait tout son art dans la seule technique serait donc riki ki ?"... Tout le reste n'est que mots verbaux par oral!

Je vous livre quand même quelques éléments de réflexion sur le 4ème et dernier (ouf!) volet de la saga “Ichi Gan, Ni Soku, San Tan, Shi Riki”… , pour avoir quelquechose à penser pendant le mokuso, "une pensée vers la non pensée", comme dit François "Cri qui tue"...!

C'est peut-être un peu confus, mais bon...

à+

Olivier

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Riki, la technique, le physique

Riki (la technique, le physique, la force) arrive en quatrième position dans la maxime “Ichi Gan, Ni Soku, San Tan, Shi Riki”… laissant entendre que la technique est moins importante que le courage, les pieds et les yeux...

Prendre la vie ou la donner

« Le maître de sabre peut prendre la vie ou la donner. Si il est nécessaire de la prendre, il la prend, si ce ne l’est pas, il ne la prend pas. Tuer ou laisser vivre est décidé en son for intérieur » (Takuan Zenji)

Le maître de sabre n’a pas besoin de technique : il décide la vie ou la mort. Mais avant de devenir maître de sabre, il y a des étapes à franchir (impossible d’aller directement au sommet de la montagne !) et l’acquisition de techniques efficaces est indispensable: sans maîtrise technique, point d’attaque valable…

Dans un combat à mort de l’époque du japon féodal, peu importait quelle partie du corps était atteinte, du moment que l’adversaire était neutralisé, c’est à dire mort ou suffisamment blessé. Mais dans le kendo moderne, des règles ont été établies pour que le kendoka conserve son intégrité physique. Seules 4 cibles protégées par l’armure sont autorisées : le visage (men), les poignets (kote), les flancs (do) et la gorge (nodo). Il est entendu que si le kendoka est capable d’atteindre une de ces cibles protégées, il pourra tout aussi bien atteindre une partie non protégée pour tuer l’adversaire, dans l’hypothèse où il se trouve soudainement téléporté au 16ème siècle au milieu d’un champs de bataille entre deux clans de daimyo japonais !

Seulement 4 cibles, mais de multiples combinaisons pour les atteindre. Tout comme en musique 7 notes suffisent pour créer une symphonie ou « faire un bœuf », en kendo 4 cibles permettent de rendre chaque geiko (combat) unique !

Le but du kendo est simple : atteindre et frapper l’adversaire...

Pour que la frappe soit valable (Yuko datotsu),  5 éléments doivent se retrouver:

o       ki ken taï no ichi : au moment de l’impact, réunir en un seul instant l’énergie (ki, extériorisée par le kiaï), le bon mouvement du sabre (ken) et la bonne posture du corps (taï).

o       frapper la bonne partie de l’armure (datotsu bu i, men, kote, do, tsuki bu ) avec la bonne partie du shinaï (datotsu bu, tiers supérieur du shinaï) et le bon angle de coupe (ha).

o       Shisei :avoir la bonne posture, la bonne mobilité.

o       Kikaï : savoir saisir l’opportunité de porter une attaque ou contre-attaque valable.

o       Zanshin : rester vigilant après la frappe, être apte à enchaîner une nouvelle coupe immédiatement.

On voit bien que, déjà, la simple notion de technique est insuffisante pour réussir une attaque au kendo.

Courage patient et volonté persévérante de se surmonter

Patience et humilité sont nécessaires au kendoka qui veut progresser… Claude Hamot et Yoshimura Kenichi (Découvrir le Kendo) le disent : « la pratique du kendo qui ne réclame aucune aptitude corps/esprit particulière demande avant tout un courage patient et la volonté persévérante de se surmonter dans la réalisation de petits, mais constants, efforts ».

Noma Hisashi (The kendo Reader) a écrit que, les premiers temps, il faut simplement suivre l’enseignement du kendo sans se poser de questions, et pratiquer le plus souvent possible, pour que les waza (techniques) deviennent naturelles. Le doute, les désillusions, les peines devront fournir matière à réflexion et voies de progrès.

Pour Hiroshi Ozama (kendo, the definitive guide), le kendo est fondamentalement une forme d’exercice physique. La répétition des exercices, jour après jour, renforce les muscles nécessaires et améliore la vitesse et la technique de coupe. Cela nécessite une patience considérable que seul celui qui y trouve son compte pourra avoir. « Nous pouvons voir comment au niveau débutant les aspects physiques prédominent, et comment, tandis que le débutant progresse, les aspects mentaux prennent progressivement de l’importance ». C’est en pratiquant le kendo sérieusement, en se concentrant entièrement sur l’adversaire et en utilisant tout son corps et son esprit que l’on peut réellement progresser. L’entraînement, nécessite esprit d’initiative et pensée positive, d’autant plus qu’il consiste à répéter inlassablement des techniques simples et basiques.

Ne pas couper avec les mains, mais avec le kokoro

Pierre Delorme (kendo, la voie du sabre) dit que les mains sont « l’outil avant l’outil », et qu’il pourrait y avoir un livre gros comme un dictionnaire qui ne parlerait que de la main gauche ! Un autre livre serait à peine moins épais pour parler de la main droite…

Mais une fois la technique des mains comprise, il faut aller plus loin, et  Noma Hisashi (The kendo Reader) explique toute la difficulté de savoir frapper (couper) avec un sabre, même composé de lattes de bambou (shinaï) : « Ne pas penser à frapper avec la main droite, frapper avec la gauche, ne pas frapper avec la main gauche, frapper avec les hanches, frapper avec les jambes et les pieds. En d’autres termes, couper en engageant tout votre corps, et en définitive : couper avec votre cœur (kokoro)». On retrouve ici des notions vues dans les chapitres précédents : le courage (tan), les déplacements (soku) et le cœur (kokoro) ou l’esprit (gan) sont plus importants que la technique.

Pour Hiroshi Ozama, le kendo est « infini » et il ne faut pas en attendre d’hypothétiques résultats tangibles: il vaut mieux réfléchir à sa propre progression et à l’amélioration des compétences techniques. Et pour cela, aussi doué soit le kendoka, cela passe par un volume d’entraînement important sans concession et auto-satisfaction sur son propre niveau, en respectant l’enseignement des sensei ou sempaï, en ne courant pas plusieurs lièvres à la fois et en n’hésitant pas à pratiquer la forme moderne du Musha Shugyo : pratiquer en dehors de son propre dojo (aller dans d’autres clubs, participer aux stages régionaux ou nationaux) pour s’ouvrir l’esprit et se confronter à d’autres adversaires, permettant ainsi de faire progresser sa propre technique.

En conclusion, la technique n’est sûrement pas sans importance et doit être travaillée et affinée pendant toute la vie du kendoka.

Les 4 éléments de la maxime “Ichi Gan, Ni Soku, San Tan, Shi Riki” sont étroitement imbriqués. Mais si tout commence par l’apprentissage de la technique, la progression amène très vite le kendoka à travailler son courage, ses déplacements et son regard. Rien ne sert d’avoir une technique parfaite si les yeux ne saisissent pas l’instant où l’attaque est possible. A l’inverse, un bon regard sur l’adversaire, un esprit incisif, permettra de compenser dans une certaine mesure un différentiel physique ou une technicité plus simple.

D’autre part, le kendo est une voie (do ou michi), alors si la technique arrive en dernière position après les yeux, les pieds et le courage, c’est que « l'entraînement aux techniques n'a une valeur que dans la mesure où l'esprit, les mouvements naturels et les forces mentales les accompagnent. » (Monsieur Fuji).

Réfléchissez bien à ces vérités et exercez-vous bien. (Miyamoto Musashi)

Sources :

·        The Kendo Reader, Noma Hisashi, Kyoshi (1910-1939), traduction anglaise par Norges Kendoforbund, 2003

·        Go Rin No Sho (Traité des Cinq Roues), Miyamoto Musashi, XVIème siècle

·        Kendo, the Definitive Guide, Hiroshi Ozawa, Kodansha Int, 1991

·        Découvrir le Kendo, Claude Hamot et Yoshimura K., Budoscope éditions Amphora, 1991

·        Kendo la voie du sabre, Pierre Delorme, Guy Trédaniel Editeur , 1987, 2007

·        Site du Comité National de Kendo, http://www.cnkendo-da.com/

·        Texte issu de notes manuscrites de Mr FUJII, 7è dan Kendo et professeur de l'association culturelle franco-japonaise de Bordeaux, laissées lors d'un stage à Tarbes en 1988, http://pdescloquemant.free.fr/kendo_av.htm

·        Kendo–guide.com, http://www.kendo-guide.com/wisdom_important_body_parts.html

·        Site de l’ADAKI (Kendo & Iaïdo à Blois): www.adaki.org, www.adaki.canalblog.com/

·        Tous les sensei, sempaï et kendoka rencontrés…