bonjour,

voici la suite de Ichi Gan, Ni Soku, San Tan, Shi Riki...

Si c'est pas clair, venez vous entraîner au dojo!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

à+

Olivier

SOKU, les PIEDS:

Ici, Soku (ou Ashi), littéralement pieds, signifie également déplacements.

Les coupes ne sont pas réalisées par les mains ou les bras, mais par les pieds.

Ce concept fait partie de l’enseignement du kendo : la position des pieds et leurs déplacements sont fondamentaux en kendo.

« Le pied qui menace, le pied qui coupe » est un des enseignements de Jean-Jacques Sauvage en iaïdo, signifiant que la coupe ne peut s’entendre qu’avec un déplacement approprié du corps. D’autres sensei ne vont faire que regarder vos pieds pour juger du niveau de votre kendo… « L’équilibre parfait sur les deux pieds autorise l’adaptation et le déplacement harmonieux du corps » écrit Pierre Delorme, tandis que Claude Hamot et Yoshimura Kenichi  précisent que « le kendo se pratique les pieds nus sans que jamais, pendant l’entraînement, le corps ne cesse, même d’une façon réduite, de se déplacer ».

Tout ceci explique pourquoi les pieds arrivent en deuxièmes position, après le regard, dans la maxime “Ichi Gan, Ni Soku, San Tan, Shi Riki” citant les éléments importants pour la pratique du kendo.

L’étude du placement des pieds et de leurs mouvements est donc fondamentale pour progresser en kendo. Nous devons avoir des jambes et des pieds puissants pour devenir de bons kendokas !

droite-gauche, droite-gauche, c'est-à-dire "Yin" et "Yang" (Miyamoto Musashi)

Miyamoto Musashi parle ainsi des « mouvements des pieds » dans son Go Rin No Sho :

Bien qu'il y ait de grands pas ou de petits pas, des pas lents ou rapides, selon les cas, il faut toujours être comme en marche normale. Les trois plus mauvais mouvements sont:  jambes toujours en l'air, jambes molles et pieds fixes.

Dans cette Voie, les jambes "Yin" et "Yang" signifie ne pas actionner un seul des deux pieds. Que ce soit au moment de pourfendre, au moment de se reculer, même au moment d'intercepter, les deux jambes doivent être actives: droite-gauche, droite-gauche, c'est-à-dire "Yin" et "Yang". J'insiste encore une fois sur le fait qu'il ne faut jamais actionner qu'une seule jambe. Réfléchissez-y bien.

Cet enseignement est parfaitement adapté à l’enseignement du kendo. Dans l’enseignement de Musashi, seul l’appui des pieds préconisé (« les pointes doivent être légèrement libres alors que les talons sont fortement appuyés au sol. ») n’est pas adapté au kendo moderne, toutefois il faudra garder à l’esprit l’idée de « pointes libres ».

Yin, le pied avant qui menace, lentement et avec puissance, et Yang, le pied arrière qui accompagne la coupe en revenant vivement et avec force dans sa position initiale. Que l’on coupe avec un déplacement okuri ashi (pas glissé) ou en fumikomi (pas frappé), les deux pieds sont en mouvement, synchronisés dans leur rôle respectif, yin et yang.

Pierre Delorme (Kendo, la voie du sabre ) rappelle que les hanches sont parfaitement perpendiculaires à la direction que l’on regarde, elles sont fixes par rapport au buste.

Pour avoir les hanches ainsi bien placées, pas de secret, les pieds doivent être dans la bonne position.

Pierre Delorme cite aussi Okada Morihiro : « Les fesses doivent être dures comme du marbre. Pour cela,  serrez les couilles ! et vous, les filles, si vous n’en avez pas eh bien serrez quand même ! »

Noma Hisashi (The Kendo Reader), est plus précis:

Placez le pied droit devant et le pied gauche en arrière, avec un espace d’environ un demi pied entre eux. Les pieds doivent pointer droit devant. Le poids du corps doit être réparti de façon équitable sur les deux pieds, en prenant de soin de se pencher ni en avant, ni en arrière. Relâcher toute tension dans les orteils. Si il y a trop de tension dans les orteils, il y a non seulement risque de mouvements incontrôlés mais aussi de mouvements maladroits.

Soulever légèrement le talon gauche en prenant soin de ne pas trop plier le genou. Sinon, c’est tout le corps qui va se pencher en arrière, entraînant une perte de souplesse et de mouvement.

kamae des pieds

Hiroshi Ozama (kendo, the definitive guide) parle de « kamae des pieds », la « garde des pieds », en tout point identique à la description ci-dessus : pieds parallèles, avec un écart d’environ 10 cm entre eux, pied droit devant, talon gauche légèrement relevé, poids du corps réparti sur les deux appuis, genoux ni tendus ni relâchés, suffisamment pour réagir à tout mouvement nécessaire.

La bonne position des pieds n’a de sens que si le corps a lui même la bonne position, c’est à dire à partir de la position naturelle shizentaï ainsi décrite par Claude Hamot et Yoshimura Kenichi (Découvrir le Kendo):

les deux pieds parallèles, espacés de la largeur d’un pied, jambes droites sans raideur […] La position de la tête obtenue par un léger retrait du menton vers la gorge et la sensation de la courbure cervicale, amorce le redressement du dos et corrige la statique générale.

Le regard se pose droit devant à une hauteur semblable à celle des yeux.

Et pour prendre Migi Shizentaï, la position habituelle du kendo:  A partir du shizentaï avancer le pied droit de sa longueur ; si l’on prend soin de conserver le parallélisme des pieds, le talon gauche se soulève naturellement.

Miyamoto Musashi a également écrit (Heiho Sanjugo Kajo) :

Pour une coupe au sabre, les deux jambes sont concernées. Que ce soit pour porter un coup sur le sabre adverse, pour reculer ou avancer, les deux jambes agissent ensemble. C’est ce qui est entendu dans l’expression « éducation du pied arrière ». Couper avec le déplacement d’un seul pied sera inefficace, alors qu’avec les deux pieds cela marchera. Vous devez pratiquer longtemps !

Noma Hisashi (The Kendo Reader), est plus précis sur la relation déplacements-distance :

Issoku Itto signifie “un pas une coupe”, mais il existe des situations ou deux pas pour une coupe sont nécessaires.

Le travail des déplacements en kendo peut être divisé en deux parties : conserver le bon placement du centre de gravité et se déplacer, d’avant en arrière et de gauche à droite. Afin de maîtriser les deux, la pratique constante est essentielle.

Les déplacements sont comparables au cheval qui porte le samuraï : aussi courageux et valeureux soit le guerrier sur le cheval, si celui-ci n’est pas de bonne qualité, le guerrier n’aura pas de bons résultats et tout sera perdu…

Ainsi, Noma Hisashi rappelle que les guerriers s’entraînaient durs pour renforcer leurs jambes, marchant et grimpant les montagnes dans l’unique but de renforcer leurs jambes. Comme les boxeurs, les kendokas doivent avoir des entraînements spéciaux pour renforcer leurs jambes.

Là encore, Miyamoto Musashi, dans « La façon de tenir ses pieds dans d'autres écoles » (Go Rin No Sho), nous apporte son précieux enseignement :

Certaines écoles appellent les différentes façons de tenir les pieds : pieds flottants, pieds bondissants, pieds sautants, pieds foulants et pieds "corbeaux". Tous ces qualificatifs s'appliquent à des pieds aux mouvements rapides, mais au point de vue tactique de mon école tous sont insuffisants.

Musashi rejette toutes ces formes de placements car « il faut avoir les pieds sûrs » :

Selon les circonstances, il nous faut combattre nos adversaires soit dans des mares, des marais, des montagnes, des vallées, des champs pierreux, des sentiers, etc., donc selon les lieux il est impossible de bondir ou de sauter, impossible d'utiliser des mouvements rapides de pieds.

Evidemment, dans nos dojos, point de mares, de pierres, de neige et de sols pentus ! (quoique, une démonstration de kendo sur des tatamis espacés de 5 à 10 centimètres est tout aussi périlleuse !). Mais une bonne position des pieds, assurant un bon équilibre, une bonne position et une bonne dynamique du corps et de l’esprit, est la clé vers une efficacité du kendo.

Claude Hamot et Yoshimura Kenichi  précisent, en parlant du déplacement okuri ashi, ce qui conditionne l’efficacité de la garde : « une juste répartition du poids du corps sur les deux appuis permet les changements de direction immédiats ».

En fait, il faut que la position des pieds et leurs déplacements deviennent « naturels »…

Réfléchissez bien à ces vérités et exercez-vous bien. (Miyamoto Musashi)

... à suivre....

Olivier